Journée mondiale de sensibilisation à l’Autisme : ne portez plus de bleu pour soutenir la cause

Depuis 2007, l’Assemblée générale des Nations Unies a désigné le 2 avril comme Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme. Cette journée est un moyen d’affirmer et de promouvoir la pleine réalisation de tous les droits de l’homme et libertés fondamentales des personnes autistes et de sensibiliser le grand public. S’il était admis que le port du bleu était de rigueur en ce 2 avril, certaines associations ne sont pas de cet avis et insistent pour que le rouge, l’or ou les couleurs de l’arc-en-ciel soient arborées à la place. 

Pour rappel, le TSA (Trouble du Spectre Autistique) touche en moyenne 62 personnes sur 10.000 (soit 1 naissance sur 161) dans le monde. En Belgique, cela correspond à environ 75.000 personnes. Pour leur venir en aide ou simplement leur proposer des activités, de nombreuses initiatives sont proposées sur notre territoire. Hospichild a justement rédigé, l’an dernier, un article reprenant des initiatives qui font sens !

Pourquoi certaines associations bannissent le bleu ?

Selon le Collectif Autiste Belgique, « le bleu a été choisi pour représenter le fait que plus de garçons que de filles sont autistes. Or, non seulement ça n’a aucun sens d’associer une couleur à un genre, mais on sait aujourd’hui que l’autisme touche tous les genres. Le bleu a aussi été avancé comme couleur de l’autisme parce que, couleur froide, il rappellerait la supposée froideur émotionnelle et le manque d’empathie des autistes… ça ne donne pas très envie de l’afficher, non ? Bien sûr, ça n’empêche pas d’aimer individuellement le bleu, couleur douce et apaisante préférée d’une majorité d’humains dans notre société occidentale moderne. »

Mais mettre en avant le bleu comme unique couleur de l’autisme, c’est renvoyer à la fois à des présupposés sexistes et validistes. »

Privilégiez le rouge, l’or ou les couleurs de l’arc-en-ciel

En réaction, certaines associations « auto-représentatives » de personnes autistes ont proposé le rouge, et/ou la couleur « or », à la fois pour représenter la flamboyance et la valeur intrinsèque des personnes autistes, et par jeu de mots sur l’abréviation en chimie de l’élément « or » (« Au », comme le début du mot Autisme). Selon l’association française CLÉ Autistes, « dans de nombreuses cultures asiatiques, le rouge est associé à la chance, à la joie et à la fête. Cela fait partie de la philosophie de la neurodiversité, en ce sens que les neurodivergences comme l’autisme doivent être célébrées comme des variations naturelles de la neurologie humaine. » Les associations proposent aussi de mettre en avant les couleurs de l’arc-en-ciel, à la fois utilisées pour représenter la diversité que représente la neurodiversité et adoptées par les luttes LGBT+ ainsi que pour le drapeau de la paix. Bien sûr, ceux qui aiment le bleu et qui veulent tout de même l’arborer ne seront pas fustigés ; « Si c’est le bleu qui vous plaît en tant que personne autiste, c’est très bien aussi ! », ajoute le Collectif Autiste Belgique.

Accepter l’autisme sans le haïr

Pour CLÉ Autistes, l’intérêt de tout cela est de ne pas en venir à haïr l’autisme, car il fait entièrement partie des enfants ou des adultes qui portent ce handicap : « Malheureusement, pour beaucoup d’autistes, le mois d’avril est devenu un mois d’anxiété en raison des côtés sombres de la ‘prise de conscience’, qui est souvent poussée. Je voudrais déclarer avril le “Mois de l’acceptation” de l’autisme. L’acceptation de l’autisme signifie aimer votre enfant en tant que personne autiste. Non pas ‘aimer votre enfant mais haïr son autisme’, car cela est impossible. L’autisme fait partie intégrante de l’essence-même des personnes autistes, et donc haïr son autisme, c’est haïr une partie de lui, parmi les plus fondamentales. L’acceptation de l’autisme signifie écouter et valoriser les voix des personnes autistes dans les discours sur l’autisme, et non uniquement comme des opinions à valeur symbolique. »

Cela représente la manière dont nous cherchons à transformer le discours sur l’autisme en allant d’un discours orienté vers la peur à un discours orienté vers l’amour et l’acceptation. » 

Le terme « neuroatypique » fait son entrée dans le dictionnaire

Une bonne nouvelle, enfin, dans le monde des neuroatypies ; le terme « neuroatypique » fait enfin son entrée dans Le Petit Robert 2025. Cela reflète la reconnaissance croissante d’une diversité cognitive englobant l’autisme, les troubles « dys » (dyslexie, dysphasie, dyspraxie), le haut potentiel intellectuel et le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Ce concept regroupe différentes façons d’être au monde sans minimiser leurs spécificités et difficultés. Si l’ajout du mot avait été envisagé il y a quelques années, son usage trop restreint à l’époque ne le justifiait pas encore. Aujourd’hui largement diffusé, il est désormais consacré par le dictionnaire, aux côtés de « neurotypique », « neuroatypie » et « neurotypie ».

Sofia Douieb

 

 

 

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