Focus

« Mado Sud » : la maison qui soutient la santé mentale des adolescents !

À l’occasion de la journée mondiale de la santé mentale, l‘équipe d’Hospichild a fait le déplacement pour découvrir un service : La « Mado Sud ». Acronyme de Maison des Adolescents, il s’agit d’un « spot » à destination des jeunes âgés entre 11 et 22 ans et leurs familles. L’équipe pluridisciplinaire propose une prise en charge rapide, gratuite, anonyme, individuelle ou collective, avec, comme axe principal, la santé mentale des jeunes. « La Mado » se situe à Saint-Gilles, mais est aussi très active dans d’autres communes situées dans le sud de Bruxelles, en proposant un accompagnement socio-éducatif-juridique et en développant régulièrement des actions concrètes. Un lieu indispensable pour aider les familles, tout en venant renforcer les services de santé mentale bruxellois. 

L’espace d’accueil et salle polyvalente de la Mado Sud – Photo : Samuel Walheer

 

MADO SUD est un service qui a vu le jour fin 2019, au début de la pandémie du Covid-19. Forte de son envie d’aider et d’accompagner les jeunes et leurs familles, la maison pour ados a tout de même poursuivi ses activités et s’est même fortifiée. En tant que structure du Service de l’aide à la jeunesse, MADO SUD, gérée par le CPAS de Saint-Gilles, offre ses services à pas moins de sept communes de Bruxelles (Anderlecht, Forest, Saint-Gilles, Uccle, Ixelles, Watermael Boitsfort et Auderghem).

« On répond à un réel besoin et on sent que notre service se légitimise sur les territoires du sud de Bruxelles en tant que lieu de référence. Bien sûr, on a vu une explosion des demandes en santé mentale post-covid, ce qui a renforcé notre offre. Le jeune et sa santé mentale, autant avec des problèmes affectifs que plus psychiatriques, c’est ce qui constitue la plupart des demandes et qui, à fortiori, nous préoccupe le plus ici ! » Margaux Katz, directrice de Mado Sud

Les particularités du service

Rattachée à des structures publiques pour faciliter son organisation au quotidien, « La MADO » a été créée, comme nous l’a confié Margaux Katz, dans l’idée de permettre aux jeunes de « pousser une porte pour venir raconter leurs problèmes à l’équipe, qui va les aider à les résoudre… Une équipe qui ne trouvera pas forcément la réponse finale mais qui offrira une première écoute attentive pour trouver ensemble des solutions. » À MADO SUD, toutes les demandes sont les bienvenues, une question sur la scolarité, la sexualité, un problème familial, de dette ou encore des questionnements liés aux genres. Il n’y a pas de limite, sauf l’âge du jeune qui doit se situer entre 11 et 22 ans.

Un travail sur trois axes

  • L’axe individuel : pour traiter au mieux les demandes des jeunes, de leurs proches ou leurs familles – voire d’un.e professionnel.le -, l’équipe pluridisciplinaire de MADO SUD est présente et attentive. Elle se compose d’une juriste, d’un éducateur spécialisé, d’une psychologue et d’une assistante sociale. Afin de proposer un accompagnement individuel rapide et de qualité, l’offre est « limitée » à cinq entretiens et propose, au besoin, d’orienter le jeune vers un autre service plus adéquat.
  • L’axe collectif : il s’agit ici de mettre en place des activités de groupe à visées thérapeutiques, ainsi que des actions mettant en avant la parole du jeune ; des moments ponctuels autour de thématiques liées à la jeunesse. Il existe aussi un groupe de paroles pour les parents, avec l’aide de la psychologue de première ligne, pour discuter des problématiques que peuvent rencontrer leur adolescent.e. MADO SUD participe également aux activités organisées par les différentes communes comme, par exemple, un tournoi de foot féminin.
  • L’axe professionnels : l’espace est régulièrement mis à disposition des professionnel.le.s afin de promouvoir le travail en réseau, les échanges et permettre l’émergence de groupes de travail.

Des actions concrètes

Parmi les nombreuses actions entreprises au quotidien par le service, il est intéressant de se pencher sur le travail thérapeutique. Dans le cadre de la réforme des soins de santé mentale de première ligne, une psychologue externe au service propose chaque lundi des séances thérapeutiques au sein de la maison des adolescents – les 10 premières séances sont gratuites jusqu’à l’âge de 23 ans-. Suite à une rencontre préalable avec la psychologue de MADO SUD, un suivi va rapidement être mis en place et permettra de palier la saturation des services de santé mentale bruxellois. Les permanences (à raison de deux fois par mois), au sein des maisons de jeunes de Forest et de Watermael Boitsfort, sont également utiles en ce sens et prises en charge par une juriste du service. L’objectif est d’informer les jeunes sur des thématiques en lien avec leurs droits, les allocations familiales, la pension alimentaire ou encore la scolarité. D’après « La Mado », l’effet positif semble bel et bien visible et bien plus accessible pour les jeunes puisque c’est l’équipe qui vient à leur rencontre, sur leur lieu de socialisation.

→ Pour contacter le service MADO SUD : permanence sans rendez-vous au sein de la MADO SUD,  ouverte tous les jours en semaine de 10h à 18h, le premier et le troisième samedi du mois de 10h à 13h. Les demandes peuvent être envoyées par mail → madosud@cpasstgilles.brussels ou +32(0)2.563.47.08 ainsi que sur les réseaux sociaux.

 

Samuel Walheer

À LIRE AUSSI :

L’autisme au cinéma : deux films lumineux pour sortir les familles de l’ombre

« Ezra », production américaine à gros budget avec un casting cinq étoiles et « En attendant Zorro », documentaire belge tourné avec peu de moyens, sont deux nouvelles sorties cinéma aussi émouvantes l’une que l’autre. Elles ont un point commun majeur : la volonté de mettre en avant les familles confrontées à l’autisme de leur enfant, pour les sortir de l’ombre, en parler, déstygmatiser. 

L’autisme en Belgique et à travers le monde fait davantage réagir les artistes que les pouvoirs publics. Pourtant, les manquements sont criants ; surtout en ce qui concerne les lieux d’accueil, indispensables à l’équilibre des familles. Hospichild est d’ailleurs très concerné par la question et n’a de cesse d’écrire sur le sujet : Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme : « Il y a encore beaucoup à faire ! »Recherche sur l’autisme : un projet innovant de laboratoire mobile se déplace dans toute la BelgiqueLa Maison de l’Autisme lance sa toute nouvelle plateforme en ligne ! ; Etc. Il faut dès lors espérer que des films tels que ces deux bijoux récemment sortis puissent faire avancer l’inclusion de ces enfants autistes au sein de la société et, surtout, que des solutions puissent émerger pour aider concrètement les parents désemparés.

Ezra, un enfant autiste face au désaccord de ses parents

L’intrigue du film Ezra suit Max Brandel, un écrivain qui met un terme à sa carrière et à son mariage pour se lancer dans le stand-up. Il s’installe chez son père Stan, un chef cuisinier talentueux mais excentrique reconverti en portier – magnifiquement joué par Robert De Niro. Max et son ex-femme ont des visions opposées sur la manière d’élever leur fils Ezra, 9 ans, atteint du syndrome d’Asperger. Max décide alors de partir en voyage à travers le pays avec son fils. Une histoire inspirée par l’expérience personnelle du scénariste Tony Spiridakis, qui aborde avec sensibilité et authenticité les défis rencontrés par les parents de cet enfant attachant. Porté par un jeu d’acteurs juste et émouvant, le film rend aussi hommage à la parentalité en général.

Cette grosse production, entre comédie et drame, est une réussite totale. On est transporté du début à la fin par ces personnages en lutte constante. Les parents veulent ce qu’il y a de mieux pour leur enfant, mais sont en total désaccord. Ezra, lui, est ballotté entre ces deux visions de la vie ; l’une – celle de la mère – qui a tendance à se ranger du côté de l’avis des médecins et des centres spécialisés et l’autre – celle du père – qui veut à tout prix qu’il puisse vivre en société, comme tout le monde, et se confronter à la vraie vie. Le réalisateur ne juge pas ; il laisse les deux visions coexister, sans s’opposer. La nuance existe et c’est ce qui séduit dans Ezra.

↓ La bande annonce du film Ezra 

Lucas, l’éducateur au secours des familles en détresse

Le deuxième film sur l’autisme, réalisé par Sarah Moon Howe, est plus local puisqu’il se passe à Bruxelles. Le pitch : « Dans le huis-clos des maisons, des parents d’enfants handicapés de grande dépendance espèrent une place dans les services d’accueil et d’accompagnement. En attendant, ils tentent de faire face aux difficultés et aux troubles du comportement. Dans ce marasme existentiel, le film suit le travail de Lucas, éducateur spécialisé, conseillé parfois par l’hôpital, qui se rend au domicile des familles et tente de les aider. Bourré d’énergie et d’optimisme, Lucas permet aux familles à bout de souffle de construire une vie plus apaisée sans attendre une solution structurelle qui tarde à venir. »

Dans ce documentaire d’une cinquantaine de minutes, l’accent est donc placé sur cet éducateur hors du commun : Lucas. Il vient en effet, comme Zorro, tenter de sauver les familles en détresse. Il se déplace, prend le temps, s’adapte, et ce en maillon libre ; en dehors de toute institution. Lucas arrive quand aucune autre solution n’a pu être trouvée. Et ça donne une bouffée d’air frais aux dynamiques familiales souvent éprouvées par le handicap d’un enfant. Malgré l’épreuve et la douleur, le film arrive à trouver de la joie et de l’espoir chez ces parents. Il est brillant et lumineux, comme Lucas.

↓ La bande-annonce du documentaire En attendant Zorro

→ Pour ceux qui auraient raté le film au cinéma, « En attendant Zorro » sera diffusé à la télévision, sur La Trois (Rtbf), le 30 septembre 2024. Il sera ensuite disponible sur Auvio.

 

Sofia Douieb

 

À LIRE AUSSI : 

« Snoezelen » : faciliter les prises de sang à l’Hôpital des Enfants

Avec en moyenne cent passages par jour et environ 18.000 à l’année, le service des prélèvements de l’Hôpital Universitaire des Enfants (HUDERF) fonctionne à plein régime. Se faire piquer par une seringue n’est agréable pour personne, et encore moins pour des petits patients, voire des nourrissons. L’espace médical parfois trop aseptisé a été revu en proposant des salles avec une thématique et une ambiance particulière. Appelée « Snoezelen », la démarche d’accompagnement vise à améliorer le bien-être des bébés et leur famille durant leur visite pour une prise de sang et, par la même occasion, faciliter le travail de l’équipe des soignant.e.s. Hospichild est allé jeter un œil discret. 

Salle « Espace », première salle customisée du service des prélèvements – Photo : Samuel Walheer

 

Inaugurée le 1er octobre 2022, la première salle du service, appelée « L’espace », s’est vue moderniser par l’approche « Snoezelen ». Cette dernière a rapidement connu un certain succès auprès des enfants et leurs familles, poussant alors l’équipe à revoir la décoration intérieure de leurs autres boxes de prélèvement. L’appellation « Snoezelen » vient de la contraction de deux verbes en néerlandais : « snuffelen » (sentir) et « doezelen » (somnoler). Plongés dans un environnement favorisant l’observation, la détente et l’écoute, les bénéficiaires peuvent se laisser bercer par cet espace sécurisant, ouvrant leurs sens et apportant un apaisement autant physique que psychique.

« Quand je procède aux prises de sang, je ressens moi-même moins de stress. Les enfants comme leurs parents sont plus apaisés, ce qui a aussi un effet sur le personnel soignant. Avec les petites musiques et les projections, cela nous apaise aussi en tant que professionnel.le.s. C’est efficace et reposant pour tout le monde ! » Déborah Peeters, infirmière au service des prélèvements.

Salle d’attente du service des prélèvements – Photo : Samuel Walheer

Le service des prélèvements

L’idée de départ trottait déjà dans la tête de certains membres de l’équipe, composée d’une infirmière en chef des consultations générales et du prélèvement ainsi que de trois soignantes : accueillir les petits patients dans de meilleures conditions. C’est donc naturellement qu’est apparue l’envie de transformer l’espace d’une des salles en y apportant une ambiance plus chaleureuse et zen. Très vite, au vu des nombreuses demandes, ce n’est pas une mais quatre salles qui sont à présent customisées avec chacune sa thématique : la mer, l’espace, le monde des méduses et l’arc-en-ciel. « On a commencé le snoezelen avec une boxe et cela a pris tellement d’ampleur et de succès que l’on a du élargir et transformer nos trois autres salles de prélèvements », nous confie Petra Van Capellen, infirmière en cheffe. Arrivés dans la salle d’attente, les enfants accompagnés de leurs parents n’ont aucune idée de ce qui les attend mis à part la prise de sang. Le vrai plus semble bel et bien être l’effet de surprise et la possibilité de téléporter les enfants dans une atmosphère bien moins médicale.

« Le snoezelen est positif à tous les niveaux, mais l’installation coûte cher et la recherche de fonds est compliquée du fait que ce ne soit pas considéré comme une tâche « infirmier », mais un ‘plus’ que l’on propose aux patients. Pour moi, ce fût un vrai défi dès le départ pour justifier et trouver du financement. Heureusement, notre direction nous a suivi dans notre projet qui est de plus en plus reconnu dans le monde médical. On voit bien que notre métier ne s’arrête pas uniquement à la délivrance de soins et qu’il y a plein de choses à côté. » Petra Van Capellen, infirmière en chef.

Les bienfaits du « Snoezelen »

Salle ‘L’arc-en-ciel’ du service des prélèvements – Photo : Samuel Walheer

Dans l’optique d’amener l’enfant dans un autre univers et lui proposer une vision différente de l’espace médical, le snoezelen semble être la meilleure démarche à adopter. D’ailleurs, voici quelques exemples, repris sur la page de l’HUDERF, qui démontrent les bienfaits de l’approche au sein d’un hôpital :

  • Promouvoir la détente physique et psychique : offrir un espace où les enfants peuvent se détendre et se sentir en sécurité.
  • Multiplier les expériences sensorielles et motrices : encourager les enfants à explorer de nouvelles sensations à travers des jeux de lumière, des sons apaisants et des textures variées.
  • Réduire l’anxiété et les troubles du comportement : créer un environnement calme et sécurisé pour diminuer les angoisses des jeunes patients.
  • Faciliter l’interaction : aider les enfants à interagir de manière sécurisée avec leur environnement.
  • Éveiller à de nouvelles sensations : stimuler la curiosité et le désir de connexion avec autrui.

 

« Le snoezelen n’a pas le même effet apaisant pour tous les enfants, mais on voit tout de même la différence. Cela apporte une vraie plus-value et c’est bien plus agréable pour tout le monde. D’abord pour nous, en tant qu’infirmières, parce que les enfants qui viennent parfois avec des pathologies lourdes s’ouvrent davantage et une conversation se met rapidement en place grâce à l’ambiance du snoezelen. D’ailleurs, d’autres services commencent à en faire la demande, notamment dans la salle de soins pour les enfants brûlés, car les bienfaits sont nombreux. » Petra Van Capellen, infirmière en chef des consultations et du service des prélèvements.

Infos pratiques

Le service des prélèvements de l’Huderf est ouvert du lundi au vendredi de 8h à 16h45. Fermé les weekends et jours fériés.

→ Pour prendre rendez-vous au service des prélèvements de l’HUDERF 

 

Samuel Walheer

 

À LIRE AUSSI : 

« Zinneke Parade » : un défilé hors-normes et inclusif en plein cœur de la capitale !

Comme tous les deux ans, la Zinneke Parade inonde les rues du centre de Bruxelles par ses couleurs, sa musique ou encore ses danses. Derrière cette animation grandiose, l’événement permet en réalité de mettre en avant toute la richesse du mélange des cultures, de la diversité, du handicap ou de toute autre différence représentée dans notre capitale. Un défilé folklorique et inclusif qui a vraisemblablement ravi le grand public présent ce samedi 1er juin pour partager, durant pas moins de deux heures, un moment de « PlaiZir ».

Passage des Zinnodes par le Boulevard Anspach – Photo : Samuel Walheer

 

Chaque parade biennale est encadrée par une thématique. Et cette année, c’est le « PLAIZIR » qui, en trame de fond, accompagne les dix-huit « Zinnodes » composant le défilé. Il s’agit de troupes artistiques – des comédiens de tous âges et de tous horizons – ou d’associations qui ont choisi de défiler ensemble dans les rues de Bruxelles, pour le plus grand plaisir des spectateurs. L’équipe d’Hospichild était présente et n’a pas manqué de constater que la majorité des « Zinnodes » étaient composées, aussi, de personnes en situation de handicap. Par ailleurs, la thématique de la Zinneke Parade 2026 est déjà en réflexion et ouverte à toutes propositions → Zinneke Parade

Vivre-ensemble

« La Zinneke Parade utilise des méthodes classiques du folklore des carnavals mais elle est tout à fait unique parce qu’elle représente l’avenir et ce que représente Bruxelles, des couches de cultures, beaucoup de différences, des jeunes, des hommes, des femmes, des personnes précarisées, un peu de tout. » déclare  Anne Sophie Van Neste, co-fondatrice de la Zinneke Parade, pour le Journal BX1. Durant le défilé, les Zinnodes se sont baladées dans les rues du centre-ville avec, chacune d’entre-elles, l’envie de passer un message à la fois singulier et commun. Ce dernier se reflète de différentes manières au sein de leur créativité (danses, chants, musiques, costumes ou encore mobiles décorés). Voici quelques-unes des Zinnodes et leurs messages : « La résistance des invisibles » (« Nous « sans-papiers », nous existons ! »), « Barba HAHA » (Les pratiques bénéfiques pour la santé), « Génération des miracles » (Braver les clichés des jeunes des quartiers), « Party No*o*rd » (Symbole de la puissance collective et des différences), « Tuning » (Appel à la liberté d’expression et des individualités), « Cult’Ur » (Enfance et cultures urbaines), ou encore « Aquarella » (Droit de vivre et droit au plaisir pour toustes !).

Fumigène symbole de clap de fin de la parade – Photo : Samuel Walheer

Pour le plaisir…

Dans le « magazinneke » distribué au public lors de la parade – dévoilant  toutes les explications nécessaires pour suivre confortablement le défilé – se trouve à la page 9 un paragraphe intitulé « Quel outrage, quelle arrogance » dont voici un extrait :« …Alors que « les autres » sont de plus en plus repoussé.e..s hors de vue, que les violences d’état, de genres, de terres s’imposent partout et que la société se durcit pendant que les extrêmes gagnent du terrain. Plus que jamais, il nous faut chercher les plaisirs communs, de se ré-imaginer, de se rencontrer, vous, nous, toustes. Le plaisir – c’est simple et très complexe à la fois. Le plaisir de l’un.e n’est pas celui de l’autre. Il peut-être plaisant ici et choquant là, confrontant ou rassemblant. Avant tout, les plaisirs nous font sourire, parfois rougir. Ils nous relient au-delà de nos diversités, nos complexités. Nos différences nous poussent à chercher des joies communes pour nous rencontrer, nous réinventer, ensemble, dehors, en ville. »

L’origine du projet

C’est dans le cadre de Bruxelles 2000, capitale européenne de la culture, que la Zinneke Parade a été créée. L’idée était de rassembler les bruxellois.e.s provenant des dix-neuf communes de la Région de Bruxelles-Capitale – avec chacune d’entre-elles leurs spécificités linguistiques (francophones, néerlandophones, polyglottes) – autour d’un projet commun. La première édition a vu le jour en 2002 avec comme thématique « Zinnergie ». Les parades des années suivantes se sont enchaînées tous les deux ans avec comme thématiques : le corps en ville, À venir, Eau, À Table, Désordre, Tentation, Fragil, Illégal, Aux loups, Trompe l’oeil et cette année, PlaiZir. Le terme « Zinnode » quant à lui, a été créé pour nommer des groupes hybrides formant la parade. Une Zinnode est composée de personnes, partenaires, coordination artistique ou plus simplement participants qui se rassemblent, collaborent autour de dynamiques qui débouchent vers un projet artistique commun.

 

Samuel Walheer

 

À LIRE AUSSI :

Peinture thérapeutique et envoûtante, « Les Clefs d’Elise » dévoile ses secrets

Élise est artiste peintre autodidacte. Avec son projet « Les Clefs d’Élise », elle souhaite transmettre et diffuser les vertus thérapeutiques de l’art en général et de la peinture en particulier. Depuis peu, ses toiles et ses fresques sont exposées au cœur des lieux de soins, entourées de personnes vulnérables, d’autant plus perméables à la beauté. Hospichild a voulu vivre, en direct, l’expérience du beau et de l’apaisement par l’art et s’est rendu à la Cité Sérine, un hébergement thérapeutique, où Élise apposait le dernier coup de pinceau à sa toute dernière fresque colorée et envoûtante. 

©Sofia Douieb

 

En entrant dans la pièce – une salle de bain somme toute banale -, il n’était pas si évident qu’une fresque y avait été peinte. Élise me fit lever le menton et je ne pus que m’ébahir de tant de couleurs et de scintillements. « Pour mieux observer la peinture, il faudrait se coucher par terre, mais ce n’est pas vraiment approprié je suppose », me lança-t-elle. « Et pourquoi pas ! », répliquais-je en m’allongeant sur le carrelage froid ; « je tiens à vivre l’expérience de la meilleure des manières ». À peine étais-je en position qu’Élise éteignit la grande lumière pour ne laisser qu’une lampe LED bleutée. C’est alors que la peinture fluorescente se révéla, m’aspirant littéralement dans les profondeurs de l’océan représenté. Élise se coucha à son tour et l’interview se déroula ainsi, nos regards tournés vers la fresque, comme hypnotisés. 

Parlez-moi de cette fresque, de ses secrets…

Avant de passer à la réalisation d’une fresque, je fais d’abord un tour du bâtiment et des espaces pour décider où j’apposerai mes couleurs. À la Cité Sérine, le plafond de cette salle de bain m’a paru idéal, bien que ce fut une première pour moi de peindre la tête en l’air. Je me suis couchée par terre, dans la même position que nous en ce moment et l’inspiration est arrivée petit à petit ; car je ne sais jamais ce que je vais peindre avant de commencer. Ces deux spots m’ont fait penser au yin et au yang en forme de poissons, nageant au milieu de l’océan… Je me suis alors mise au travail en commençant par le bleu de l’eau. Au magasin, avant de commencer la fresque, et avant même de savoir ce que j’allais peindre, outre l’habituelle peinture fluorescente, j’ai été particulièrement tentée d’acheter un paquet de paillettes. Elles se sont avérées très utiles à la réalisation des écailles des poissons, que j’ai collées une à une. Tout ça est très instinctif et me dépasse bien souvent. Je suis d’ailleurs de plus en plus convaincue que l’oeuvre existe déjà par ailleurs, avant même d’exister concrètement.

Je ne fais que capter l’énergie et la laisse me traverser en reproduisant ce que je perçois et ressens. Il faut un certain lâcher prise pour ça et ne pas trop se poser de questions…

Quel est votre parcours, votre formation artistique ou autre ?

©Sofia Douieb

Je n’ai pas d’autre formation artistique que celle de l’expérience de la vie. J’ai toujours été en quête de sens en tentant de comprendre qui j’étais et comment vivre dans ce monde. C’est vrai que, indirectement et inconsciemment, je me suis souvent tournée vers l’art pour en faire ma propre thérapie. J’ai fait du théâtre notamment, qui a un vrai pouvoir thérapeutique. Avant ça, je suis quand même passée par un parcours plus classique : étude de communication, travail dans une banque… Mais j’ai toujours su que ce n’était pas ma place, sans pour autant savoir ce que je voulais réellement faire. Jusqu’à ce que je découvre que je pouvais transmettre quelque chose de puissant à travers mes peintures. Et que ce serait précisément ma mission de créer des œuvres et d’en faire profiter les autres.

À quel moment vous êtes-vous rendu compte de l’effet thérapeutique de votre art ?

Cet été, j’ai fait des ateliers de peinture et j’ai vraiment eu un déclic en termes de lâcher prise sur le processus de création artistique. Je démarre désormais d’une page blanche et je me laisse guider, tout en utilisant de la peinture fluorescente. Cette manière intuitive et ‘simple’ de peindre, je me suis rendu compte que ça pouvait provoquer une ‘cristallisation d’énergie’ que je peux ensuite transmettre. Après avoir pris conscience de cela, j’ai voulu vérifier mon intuition en exposant mes œuvres pour la première fois et toucher ainsi un plus large public. Et ça n’a pas manqué ; j’ai vu à ce moment-là le ‘pouvoir’ de l’art. Il y avait par exemple des gens qui rentraient stressés et tendus dans l’espace d’exposition et qui repartaient plus apaisés ; ou encore des enfants qui ont été totalement transportés et réceptifs… Mais bien sûr, d’autres personnes étaient beaucoup plus rationnelles et fermées.

C’est à la suite de ces expositions que j’ai réalisé que je devais changer de public cible et que mon art n’avait pas spécialement vocation à être vendu de façon traditionnelle, mais plutôt à servir d’outil thérapeutique pour les personnes plus sensibles, plus réceptives, plus vulnérables… pour les apaiser et les aider. C’est là qu’est sa place, j’en suis maintenant persuadée.

Vous réalisez depuis peu des fresques dans des centres de soins ; comment ça se passe et quelles sont les réactions ?

Pour l’instant, c’est extrêmement positif ! Ici à la Cité Sérine par exemple, Caroline Henrioul, la coordinatrice, m’a dit qu’en vrai c’était encore mieux que ce qu’elle avait imaginé ou vu en photos.

La Cité Sérine et ses activités ont fait l’objet d’un précédent article sur Hospichild : à lire ici. Par ailleurs, la coordinatrice, Caroline Henrioul, a donné sa réaction à chaud à propos de la fresque d’Elise : « Au début de la semaine, personne n’osait aller voir, et puis il y a eu de plus en plus de curieux très enthousiastes au sein de l’équipe ou des résidents. C’est une salle de bain qui vit et la nouvelle sérénité apportée par la fresque et l’ambiance lumineuse auront une vraie plus-value. C’est un projet qui s’insère parfaitement dans notre volonté de proposer davantage d’activités bien-être à la Cité Sérine. » 

 

J’ai peint la fresque pendant plusieurs jours et de nombreuses personnes sont venues me voir, très enthousiastes et émerveillées. Et les réactions peuvent être encore plus impressionnantes selon les publics. Par exemple, j’ai réalisé une œuvre dans une maison de repos – ou plus précisément un ‘cantou’, prenant en charge la démence -, où une vielle dame qui n’avait plus parlé depuis des mois s’est arrêtée devant ma fresque et a dit « Waw! » Toutes les aides soignantes étaient scotchées et sont venues me voir pour m’annoncer le miracle. Chez Dynam’Autes également, qui propose de l’extrascolaire pour enfants autistes, j’ai réalisé une fresque – la première que j’ai faite – qui fait son effet apaisant auprès de deux enfants en particulier (tels que les espaces snoezelen notamment qui ont les mêmes vertus relaxantes auprès des enfants). Enfin, au sein d’un nouveau Centre pluridisciplinaire pour l’autisme nommé Zigzag, j’ai peint une toile en laissant à disposition une lampe de poche LED qui permet de jouer avec la fluorescence de la peinture ; c’est très ludique et les enfants adorent.

Un autre volet des « Clefs d’Elise », ce sont les ateliers de peinture intuitive. Racontez-moi !

« Au fil du temps et de mon expérience dans la vie, écrit Élise sur son site, j’ai réalisé à quel point la créativité artistique pouvait être un vecteur de transformation et un initiateur de changement extrêmement puissant quand on s’en donne la permission. Aussi, j’ai énormément utilisé l’art de façon thérapeutique sur mon propre chemin de vie, ce qui fait que j’ai plein d’outils en poche à transmettre. Je viens animer des ateliers dans les associations, les services, une maison de repos, une entreprise… afin de permettre aux résidents, employés, patients, membres… d’expérimenter et d’utiliser la peinture intuitive pour leur propre épanouissement. » Je leur permets de partir d’une toile blanche pour suivre leur instinct et leur créativité. Je suis à l’écoute du public que j’ai devant moi pour les guider, leur donner un thème à suivre. Et puis c’est l’instinct de chacun qui fait le reste…

→ Participer à un atelier de peinture intuitive avec Élise

 

Après un moment de silence et de contemplation, nous nous sommes relevées pour sortir doucement de notre bulle et rejoindre la réalité. L’espace d’une vingtaine de minutes, j’ai été transportée dans un monde onirique, invisible, rempli de couleurs, tout au fond de l’océan. J’étais détendue et apaisée.

 

Texte et photos : Sofia Douieb

 

Les Clefs d’Elise

Vers son site web 

Vers sa page instagram

 

 

 

 

 

À LIRE AUSSI :